Ce que la mort de ma maman m’a appris

Le 31 janvier dernier, vers 22h50, j’étais là, à genoux aux pieds de ton lit, entourée de papa et des frères et soeurs quand tu as rendu ton dernier souffle. 

Il n’y a pas de mot pour évoquer ce moment d’Eternité. 

Maman…

J’ai beau avoir 35 ans, être devenue adulte et moi-même maman, je pleure comme une petite fille. On n’a qu’une maman, pour toujours et à jamais.

4 petits-longs mois avant, tu m’annonçais qu’une pieuvre s’était logée profondément dans ton cerveau. Une p*** de pieuvre, le truc incurable, inopérable. Il te fallait juste continuer à vivre. A vivre jusqu’à ton dernier souffle. Il te fallait juste continuer à aimer, jusqu’au bout. Et c’est ce que nous avons fait. 

Le 3 janvier dernier, je me tenais assise à côté de toi. Tu étais allongée, les yeux clos. Nous étions silencieuses. Depuis le jour de Noël, tu ne disais plus que quelques mots, choisis et semés avec précision ici ou là. Tu gardais tes forces pour l’essentiel.

Depuis quelques jours, j’étais tourmentée par de grandes questions existentielles. La maladie, la souffrance, la mort prématurée, la séparation d’avec ceux que l’on aime, je me sentais révoltée. J’avais envie de hurler « sérieux, qu’est-ce qu’on fout là….?!! »

Alors je t’ai posée la question : « maman, pourquoi avons-nous été créés ? ».

Après quelques secondes de silence, tu as murmuré de ta petite voix « pour aimer… ».

Deux petits mots comme si la réponse à ma question était évidente. 

Ces deux petits mots se sont gravés en moi pour toujours et je continue d’en méditer la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur. 

J’ai compris qu’aimer est ce qu’il y a de plus grand, de plus fort, de plus puissant. Aimer déplace les montagnes, comble les précipices, remplit l’âme.

Aimer mérite de vivre. Oui, ça vaut le coup de vivre pour aimer. Aimer est en réalité la seule et unique raison de se lever le matin. 

J’ai compris que le plus petit mouvement d’amour est plus puissant que tous les abîmes, toutes les souffrances dans ce monde. C’est pour cela que l’amour ne passera jamais. L’amour que tu as pour nous est éternel, l’amour que nous avons pour toi est éternel. Alors j’ose dire : je préfère la douleur de te perdre à la peine de ne pas t’avoir aimée.

Les derniers jours de ta vie, quand tu n’avais plus les mots pour le dire, ton regard posé sur moi m’a transpercée. Il exprimait tant d’amour. Un regard, un amour si pur, si profond. 

Cela me fait penser à ces mots de Christine Singer dans Derniers fragments d’un long voyage : «  Il y a eu une nuit surtout où j’ai dérivé dans un espace inconnu. Ce qui est bouleversant, c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout. Je vous le jure. Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour. Tous les barrages craquent. C’est la noyade, l’immersion. L’amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création. »

Voilà comment ta si courte réponse a résonné en moi. Merci maman, merci de nous avoir aimés jusqu’au bout et au delà. Désormais, quand le réveil sonne le matin, ou qu’un petit garçon, à mon goût trop matinal, me sort des bras de morphée, je me murmure à moi-même, avant même d’ouvrir les yeux : « aller, debout, va donc aimer ! »

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